Live Streaming  🔴


 COTE D’IVOIRE - LA PATATE DOUCE A CHAIR ORANGE : UNE RIPOSTE CONCRETE A L’INSECURITE ALIMENTAIRE EN COTE D’IVOIRE 

Accessible, nutritive et rentable, la patate douce à chair orange s’affirme comme une alternative crédible pour renforcer la sécurité alimentaire en Côte d’Ivoire. Introduite en 2011 par le Centre international de la patate douce basé au Pérou avec l’appui de l’ONG Helen Keller, cette culture a été progressivement adaptée aux sols ivoiriens : « Depuis 2012, plusieurs variétés ont été analysées, sélectionnées et adaptées au sol ivoirien », explique Dr Diby Konan, spécialiste des plantes à racines et tubercules au Centre National de Recherche Agronomique dont le premier responsable est Prof. Abdourahamane Sangaré. Des sélectionnements qui ont abouti à des variétés locales prometteuses, notamment Saramani (chair orange) et Weleman (chair jaune).

Atouts agronomiques

Sur le plan agronomique, ces variétés présentent des atouts majeurs pour les producteurs : cycles courts, récolte possible dès trois mois, bonne résistance aux aléas climatiques et rendements élevés, estimés entre 15 et 20 tonnes à l’hectare pour certaines souches, et jusqu’à 20–30 tonnes pour d’autres. Dans un contexte de changement climatique et d’insécurité alimentaire croissante, ces performances en font une culture de choix pour diversifier les systèmes vivriers. 

Valeur nutritive

La valeur nutritive de la patate douce orange est un autre argument fort. Riche en bêta‑carotène (provitamine A), en vitamine C, vitamine E, zinc et magnésium, elle contribue à prévenir les carences en vitamine A, responsables de troubles de la vision et de risques accrus chez les jeunes enfants et les femmes enceintes. « Cette substance, une fois consommée, devient essentielle à la santé des enfants de 0 à 5 ans, des femmes enceintes et pour la santé des yeux », souligne le responsable en charge des plantes, racines et tubercules du CNRA.

 Transformations et usages culinaires

La transformation et la diversification des usages sont déjà à l’œuvre au CNRA. Dans les ateliers et démonstrations culinaires, la patate douce se décline en foutou réalisé ici en mélangeant deux tiers de patate douce à un tiers de manioc pour obtenir une texture fondante, en farine pour biscuits et cakes, en jus vitaminé et en autres produits dérivés. « Honnêtement, c’est bon, ça n’a rien à dire », témoigne une cuisinière locale qui a testé des cakes et biscuits faits à base de farine 100% patate douce orange. 

Débouchés et valorisation industrielle

Les débouchés dépassent la seule alimentation humaine. Les feuilles sont consommées en sauce, les tiges servent à l’alimentation animale, et les tubercules, riches en amidon, offrent un potentiel industriel pour la production d’alcool ou d’autres dérivés. Des essais industriels menés au centre ont donné « de très bons résultats », selon les techniciens, ouvrant la voie à une valorisation complète de la filière. 

Enjeux de vulgarisation et appel au soutien

Pour autant, la diffusion à grande échelle reste incertaine. Le directeur régional du CNRA, Cyrille Kouassi N’gouan, appelle à un engagement public renforcé :  «  financements conséquents et réguliers pour pérenniser la recherche, facilitation de l’accès des producteurs aux variétés améliorées, appui à la transformation et aide à la structuration de filières ». Le CNRA rappelle aussi qu’il dispose d’une collection de 180 accessions et se tient prêt à accompagner producteurs, groupements et investisseurs.

En combinant atouts agronomiques, bénéfices nutritionnels et potentiel de transformation, la patate douce à chair orange peut devenir un pilier de la sécurité alimentaire ivoirienne. Reste à traduire l’essai en politique agricole et en investissements concrets pour que la culture quitte les parcelles expérimentales du CNRA et s’installe durablement dans les champs et sur les marchés du pays.

 

TEHOUA DABONG

 

 

 Veuillez laisser un commentaire 
 A lire aussi